XXVII
Ainsi m’apparut-il d’abord qu’ils étaient malheureux. La nuit se fit comme un navire où Dieu renferme ses passagers sans capitaine. Et me vint l’idée de départager les hommes. Ayant désir de comprendre d’abord le bonheur.
Je fis sonner les cloches. « Venez ici, vous que le bonheur comble. » Car le bonheur se sent en soi ainsi qu’un fruit qui est plein de sa saveur. Et celle-là je l’ai vue se presser des deux mains la poitrine, penchée en avant, comme remplie. Et ils vinrent donc à ma droite. « Venez ici, dis-je, les malheureux. » Et je fis sonner les cloches pour ceux-là. « Venez à ma gauche », leur dis-je. Et quand je les eus bien séparés, je cherchais à comprendre. Et je me demandais : « D’où vient le mal ? »
Car je ne crois point en l’arithmétique. Ni la détresse ni la joie se multiplient. Et si un seul souffre dans mon peuple, sa souffrance est grande comme celle d’un peuple. Et en même temps, il est mauvais que celui-là ne se sacrifie point pour servir le peuple.
Ainsi de la joie. Et la fille de la reine, quand elle se marie, voilà tout le peuple qui danse. C’est l’arbre qui forme sa fleur. Et je juge l’arbre sur sa pointe.