Ouvrir les portes de la nuit, autant rêver d’ouvrir les portes de la mer. Le flot effacerait l’audacieux.
Mais, du côté de l’homme, les portes s’ouvrent toutes grandes. Son sang coule avec sa peine. Et son courage de vivre, malgré la misère, contre la misère, étincelle sur le pavé boueux, enfantant des prodiges.
Ce n’est pas le rêve que d’habiter entre Barbès et la Villette. Je ne m’en suis jamais plaint. Pour m’ennuyer, j’allais ailleurs, et mon désir d’ailleurs, n’avait alors plus de bornes. Avais-je vraiment besoin de m’ennuyer ? Avais-je vraiment besoin d’aller aux îles avec le secret espoir d’y attendre patiemment la mort ? Je me le suis figuré parce que je fermais les yeux sur moi. Ma jeunesse me faisait un peu peur.
Dans mon beau quartier, entre Barbès et la Villette, vivre est honorable. Et le bonheur pourrait avoir sa place partout. Le seul obstacle c’est le temps, le temps de mourir. Avant la nuit totale, verra-t-on, aura-t-on le temps de voir, de s’éclairer ?
Dans mon beau quartier, des hommes acquièrent sans cesse le droit de régler leurs affaires — et ne les règlent pas —, le droit d’être beaux — et quand ils se regardent dans la glace, ils haussent les épaules, — le droit de punir et de pardonner, le droit de se reposer, d’aimer et d’être aimé, car ils l’ont mérité. Ils savent que leurs rues ne sont pas des impasses et ils tendent désespérément la main pour s’unir à tous leurs semblables.
Dans mon beau quartier, la résistance c’est l’amour, c’est la vie. La femme, l’enfant sont des trésors. Et le destin est un clochard dont on brûlera, au grand jour, les loques, la vermine et la sottise rapace.