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Les Pauvres Gens/19 août

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14 août Les Pauvres Gens ~ 19 août
written by Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, translated by Marc Chapiro
21 août
1846, traduction 1946.


19 août

Varvara Alexéievna, ma petite mère !

J’ai honte, mon hirondelle, Varvara Alexéievna, je me sens confondu de honte ! Mais ma petite mère, qu’y a-t-il donc là de si extraordinaire après tout ? Pourquoi ne pas s’égayer un peu, ne pas permettre au cœur de se détendre ? Quand je bois, je ne pense plus aux semelles de mes chaussures : les semelles ne sont qu’une misérable chose et resteront toujours de viles semelles usées et sales ! D’ailleurs, les chaussures aussi sont méprisables ! Les sages de la Grèce ne portaient pas de chaussures. Pourquoi devrait-on, nous autres, nous faire du souci pour un objet si dénué d’importance ? Est-ce une raison pour me critiquer et m’offenser ; y a-t-il là-dedans de quoi me marquer du dédain ? Hé ! ma petite mère, ma petite mère, vous avez trouvé de quoi vous inquiéter dans vos lettres ! Quant à Fédora, dites-lui de ma part qu’elle est une femme futile, agitée, éprise de scandale, et avec cela bête, indiciblement bête ! Encore un mot au sujet de mes cheveux gris : vous vous trompez sur ce point également ma très chère, car je ne suis pas du tout le vieillard que vous paraissez croire. Émilien vous salue. Vous m’écrivez que vous avez été très affligée et que vous avez pleuré. Je vous réponds, moi, que j’ai été très affligé, moi aussi, et que j’ai pleuré également. Pour conclure, je vous souhaite de vous bien porter et d’être contente. En ce qui me concerne, je me porte fort bien, je suis content et je demeure, mon doux ange, votre ami

Makar DIÉVOUCHKINE.

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