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Les Pauvres Gens/27 septembre Varvara

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23 septembre, lettre de Makar Les Pauvres Gens ~ 27 septembre, lettre de Varvara
written by Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, translated by Marc Chapiro
27 septembre, lettre de Makar
1846, traduction 1946.


27 septembre

Mon ami, cher Makar Alexéievitch !

Monsieur Bykov prétend que je dois avoir absolument trois douzaines de chemises en toile de Hollande. Il faudrait donc trouver au plus vite deux lingères pour deux douzaines de chemises encore, car il ne nous reste que peu de temps. Monsieur Bykov s’impatiente et dit que ces histoires de chiffons traînent trop. Notre mariage aura lieu dans cinq jours, et nous partirons dès le lendemain. Monsieur Bykov désire hâter les choses ; il assure qu’il ne faut pas perdre du temps pour des futilités. Je suis exténuée, à cause de tous ces soucis, et c’est à peine si je tiens sur mes jambes. J’ai une masse de choses à régler ; j’en ai par-dessus la tête et je me demande s’il n’aurait pas mieux valu renoncer à toute cette histoire. À propos : nous n’avons pas assez de dentelles et de guipures. Il faudrait donc en racheter, car Monsieur Bykov déclare qu’il ne souffrirait pas que sa femme soit vêtue comme une cuisinière, et qu’il est indispensable que je « rabatte le caquet à toutes les femmes des propriétaires du voisinage». Ce sont ses propres mots. C’est pourquoi, Makar Alexéievitch, je vous prie d’aller trouver Madame Chiffon à la rue Gorohovaïa. Dites-lui, premièrement, de nous envoyer des lingères et demandez-lui, en second lieu, de bien vouloir passer chez moi. Je suis souffrante aujourd’hui. Il fait si froid dans notre nouveau logis, et tout y est en désordre. La tante de Monsieur Bykov est si vieille qu’elle respire à peine. Je crains tout le temps qu’elle ne meure avant notre départ ; mais Monsieur Bykov assure que ce n’est rien, qu’elle reprendra des forces. Tout est sens dessus dessous dans la maison. Monsieur Bykov ne vit pas avec nous, si bien que les domestiques s’absentent à tout bout de champ. On ne sait jamais où les trouver. Il arrive par moments que Fédora soit seule à nous servir. Quant au valet de chambre de Monsieur Bykov, qui devait veiller à tout, voilà trois jours qu’il est parti sans rien dire. Monsieur Bykov vient nous voir chaque matin, gronde constamment et a même rossé hier le gérant de la maison, à la suite de quoi il a eu des difficultés avec la police… J’ignorais par qui vous faire porter ma lettre. J’ai recours à la poste pour vous la faire parvenir. Ah ! oui, j’allais oublier l’essentiel ! Dites à madame Chiffon qu’il faut absolument qu’elle change les guipures, en se conformant à l’échantillon examiné hier, et qu’elle vienne elle-même chez moi pour me montrer un nouveau choix. Dites-lui aussi que j’ai changé d’avis au sujet du canezou : il faudra le faire au petit point. Et puis : les initiales sur les mouchoirs devront être faites au tambour, vous m’entendez ? Au tambour et non pas à plat. Faites bien attention, n’oubliez pas que je veux un travail au tambour. Ah ! j’allais oublier encore : Recommandez-lui, pour l’amour du ciel, de coudre les feuilles très haut sur la pèlerine, je la renforcerai avec des baleines, et d’entourer le col de dentelle ou d’un large falbala. N’oubliez pas, je vous en prie, de le lui dire, Makar Alexéievitch.

Votre V. D.

P.-S. Je me fais des scrupules de vous tourmenter ainsi avec mes commissions. Avant-hier déjà, vous avez couru la ville toute la matinée pour moi. Mais que faire ! Il n’y a aucun ordre dans notre maison, et je suis souffrante moi-même. Ne m’en voulez donc pas, Makar Alexéievitch. Quelle tristesse ! Que sortira-t-il de tout cela, mon ami, mon cher, mon brave, mon bon Makar Alexéievitch ? Je crains d’interroger l’avenir. Je suis poursuivie de pressentiments et je vis comme dans un brouillard.

P.-S. Pour l’amour du ciel, mon ami, n’oubliez rien de ce que je viens de vous confier. Je crains que vous ne vous trompiez ou ne fassiez une confusion. Souvenez-vous bien : au tambour, et non pas à plat.

V. D.

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