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Les Pauvres Gens/29 septembre

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28 septembre, lettre de Makar Les Pauvres Gens ~ 29 septembre
written by Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, translated by Marc Chapiro
30 septembre
1846, traduction 1946.


29 septembre

Varvara Alexéievna, ma chère amie !

J’ai vu Fédora aujourd’hui, ma tourterelle. Elle m’a dit que votre mariage est fixé pour demain, que vous partirez après-demain et que Monsieur Bykov a déjà retenu des chevaux. Pour ce qui est de Son Excellence, je vous en ai parlé dans ma dernière lettre. Ah ! oui : j’ai vérifié les factures du magasin de la rue Gorohovaïa : les comptes sont exacts, mais je trouve leurs prix très élevés. Pourquoi donc Monsieur Bykov vous fait-il ces reproches ? Bah ! Soyez heureuse, ma petite mère. Je me réjouis pour vous ; oui, je me réjouirai de vous savoir heureuse. Je me serais rendu à l’église, mais c’est impossible, car j’ai des douleurs aux hanches. Je reviens encore à cette question de correspondance qui me tracasse : qui se chargera désormais de nous faire parvenir nos lettres, ma petite mère ? À propos : vous avez été très généreuse envers Fédora, ma chère amie. Vous avez bien fait, ma chère, vous avez très bien fait ! C’est une bonne action, et le Seigneur vous bénira pour chacun de vos bienfaits. Les bonnes œuvres sont toujours payées de retour, et les vertus trouvent un jour ou l’autre leur récompense, selon la Justice divine, tôt ou tard ! Ma petite mère ! Il y a tant de choses dont j’aimerais vous parler. Je pourrais vous écrire comme cela toutes les heures, toutes les minutes même, je vous aurais tout raconté, tout confié. J’ai encore chez moi votre livre Les Contes de Bielkine. Ne me le reprenez pas, ma petite mère, faites-m’en cadeau, ma tourterelle. Ce n’est pas que j’aie tellement envie de le lire. Mais l’hiver approche, vous le savez. Les soirées seront longues ; je m’ennuierai, je serai triste peut-être, alors ce sera une lecture pour me distraire. J’ai décidé, ma petite mère, de quitter ma chambre actuelle et de m’installer dans votre ancien appartement, comme sous-locataire de Fédora. Pour rien au monde je ne voudrais me séparer maintenant de cette brave femme. Avec cela, elle est si travailleuse. J’ai examiné en détail, hier, votre appartement abandonné et désert. Tout y est à la même place. Le châssis de couture n’a pas bougé, et le travail que vous étiez en train de faire s’y trouve encore, dans l’angle de la pièce. J’ai regardé ce que vous aviez commencé à coudre. De petits morceaux d’étoffe traînent çà et là. Vous aviez même enroulé un bout de fil autour de l’une de mes lettres. Dans le tiroir de votre table, j’ai découvert une feuille de papier sur laquelle il était écrit : « Cher Monsieur Makar Alexéievitch. Je me hâte de… » et c’est tout. Quelqu’un, apparemment, a dû vous interrompre à l’endroit le plus intéressant. Dans un autre coin, derrière un paravent, j’ai vu votre petit lit… Oh ! ma tourterelle ! Adieu, maintenant, adieu. Pour l’amour de Dieu, répondez-moi à cette lettre, répondez n’importe quoi, ne me faites pas attendre.

Makar DIÉVOUCHKINE.

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