[ou Sur la science, genre peirastique.]
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PROLOGUE
EUCLIDE TERPSION
[142a] Euclide. — Ne fais-tu qu’arriver de la campagne, Terpsion ? Ou bien y a-t-il longtemps que tu es de retour ?
Terpsion. — Assez longtemps déjà. Je te cherchais précisément et m’étonnais de ne te pouvoir trouver.
Euclide. — C’est que je n’étais pas dans la ville.
Terpsion. — Où étais-tu donc ?
Euclide. — Je descendais vers le port, quand j’ai rencontré Théétète, qu’on ramenait du camp de Corinthe, l’emportant vers Athènes.
Terpsion. — Vivant ou mort ?
[142b] Euclide. — Vivant, mais à grand’ peine ; car il est durement atteint. Plus encore que de ses blessures, le mal dont il s’en va, c’est l’infection qui a régné parmi les troupes.
Terpsion. — Serait-ce la dysenterie ?
Euclide. — Oui.
Terpsion. — Quel homme nous allons perdre, à ce que tu m’annonces !
Euclide. — Un homme de tout mérite, Terpsion, puisque, tout à l’heure encore, on faisait, devant moi, force éloges de sa conduite en cette bataille.
Terpsion. — À cela, rien d’étonnant. Le surprenant serait beaucoup plutôt qu’il ne fût point ce qu’il est. Mais com[142c]ment n’est-il pas venu faire halte ici, à Mégare ?
Euclide. — Il avait hâte d’être chez lui ; car j’ai eu beau le prier et conseiller, il n’a pas voulu consentir. Je lui ai donc fait conduite ; et, sur mon chemin de retour, je me rappelais avec émerveillement quelle divination il y avait, comme en tant d’autres paroles de Socrate, en celles qu’il a dites de lui. C’est peu de temps avant sa mort, me semble-t-il, qu’il rencontra Théétète, encore adolescent ; à le voir de près et l’entretenir, il admira vivement son heureuse nature. Quand je me trouvai visiter Athènes, il me raconta les entretiens échangés en leur dialogue, et qu’il valait la peine d’entendre, assurément, et me dit qu’infailliblement il deviendrait célèbre, s’il parvenait à l’âge d’homme.
Terpsion. — Et, d’après ce qu’on voit, Socrate disait vrai. Mais quels étaient ces entretiens ? Pourrais-tu me les raconter?
Euclide. — Non, par Zeus, au moins pas de tête, comme cela. Mais je mis alors par écrit, sitôt rentré, mes souvenirs immédiats. Plus tard, à mon loisir, j’écrivis au fur et à mesure ce qui me revenait en mémoire, et, toutes les fois que je retournais à Athènes, j’interrogeais à nouveau Socrate sur ce qui manquait à mes souvenirs et, rentré ici, je corrigeais mon travail. Si bien qu’en somme l’ensemble des entretiens s’est trouvé transcrit.
Terpsion. — C’est vrai : je te l’ai déjà ouï conter auparavant et j’eus toujours, au fait, dessein de te demander à les voir, bien que j’aie différé jusqu’ici. Mais qui nous empêche de les parcourir maintenant ? J’ai d’ailleurs besoin de reposer, moi qui arrive tout juste de la campagne.
Euclide. — Eh bien, j’ai moi-même poussé jusqu’à Érinos en accompagnant Théétète ; aussi prendrai-je sans déplaisir ce moment de repos. Ainsi rentrons : pendant que nous reposerons, mon esclave nous fera lecture.
Terpsion. — Tu as raison.
Euclide. — Voici le volume, Terpsion. Toutefois j’ai mis par écrit l’entretien en telle façon que Socrate, au lieu de me le raconter comme il fit, converse directement avec ceux qui, d’après son récit, lui donnaient la réplique. C’étaient le géomètre Théodore et Théétète. J’ai voulu éviter, dans la transcription, l’embarras que produi