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Confections

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À toute épreuvePaul Éluard

Confections
Confections



I

La simplicité même écrire
Pour aujourd’hui la main est là.


II

Il est extrêmement touchant
De ne pas savoir s’exprimer
D’être trop évidemment responsable
Des erreurs d’un inconnu
Qui parle une langue étrangère
D’être au jour et dans les yeux fermés
D’un autre qui ne croit qu’a son existence.

Les merveilles des ténèbres à gagner
D’être invisibles mais libératrices
Tout entières dans chaque tête
Folles de solitude
Au déclin de la force et de la forme humaine
Et tout est dans la tête
Aussi bien la force mortelle que la forme humaine
Et tout ce qui sépare un homme de lui-même
La solitude de tous les êtres.


III

Il faut voir de près
Les curieux
Quand on s’ennuie.


IV

La violence des vents du large
Des navires de vieux visages
Une demeure permanente
Et des armes pour se défendre
Une plage peu fréquentée
Un coup de feu un seul
Stupéfaction du père
Mort depuis longtemps.

V

Sans en être très fier en évitant mes yeux
Cet abandon sans découvrir un grief oublié
En évitant mes yeux il abaisse
Les verres sur ses yeux
L’animal abandonne sa proie
Sa tête remue comme une jambe
Elle avance elle recule
Elle fixe les limites du rire
Dégrafe les parterres de la dérision
Toutes les choses semblables.
 

VI

Par-dessus les chapeaux
Un régiment d’orfraies passe au galop
C’est un régiment de chaussures
Toutes les collections des fétichistes déçus
Allant au diable.


VII

Des cataclysmes d’or bien acquis
Et d’argent mal acquis.


VIII

Tous ces gens mangent
Ils sont gourmands ils sont contents
Et s’ils rient ils mangent plus.


IX

Je dénonce un avocat je lui servirai d’accusé
Je règne a tout jamais dans un tunnel.


X

Alors
L ’eau naturelle
Elle se meurt près des villas

Le patron pourrait parler à son fils qui se tait
Il ne parle pas tous les jours

Le tout valable pour vingt minutes
Et, pour quatre personnes
Vous enlève l’envie de rire

Le fils passe pour un ivrogne.


XI

Les oiseaux parfument les bois
Les rochers leurs grands lacs nocturnes.


XII

Gagner au jeu du profil
Qu’un oiseau reste dans ses ailes.


XIII

À l’abri des tempêtes une vague fume dans le soir.


XIV

Une barre de fer rougie à blanc attise l’aubépine.


XV

Par leur intelligence et leur adresse
Une existence normale

Par leur étrange goût du risque
Un chemin mystérieux

À ce jeu dangereux
L’amertume meurt à leurs pieds.


XVI

Pourquoi les fait-on courir
On ne les fait pas courir
L’arrivée en avance
Le départ en retard

Quel chemin en arrière
Quand la lenteur s’en mêle.

Les preuves du contraire
Et l’inutilité.


XVII

Une limaille d’or un trésor une flaque
De platine au fond d’une vallée abominable
Dont les habitants n’ont plus de mains
Entraîne les joueurs a sortir d’eux-mêmes.


XVIII

Immobile
J’habite cette épine et ma griffe se pose
Sur les seins délicieux de la misère et du crime.


XIX

Le salon à la langue noire lèche son maître
Il l’embaume il lui tient lieu d’éternité.


XX

Le passage de la Bérésina par une femme rousse à grandes mamelles.


XXI

II la prend dans ses bras
Lueurs brillantes un instant entrevues
Aux omoplates aux épaules aux seins
Puis cachées par un nuage.

Elle porte la main a son cœur
Elle pâlit elle frissonne
Qui donc a crié ?

Mais l’autre s’il est encore vivant
On le retrouvera
Dans une ville inconnue.


XXII

Le sang coulant sur les dalles
Me fait des sandales
Sur une chaise au milieu de la rue
J’observe les petites filles créoles
Qui sortent de l’école en fumant la pipe.


XXIII

Par retraites il faut que le béguinage aille au feu.


XXIV

II ne faut pas voir la réalité telle que je suis.


XXV

Par exception la calcédoine se laisse prendre
À la féerie de la gueule des chiens.


XXVI

Toute la vie a coulé dans mes ride
Comme une agate pour modeler
Le plus beau des masques funèbres.


XXVII

Demain le loup fuira vers les sombres étoffes de la peur
Et d’emblée le corbeau renaîtra plus rouge que jamais
Pour orner le bâton du maître de la tribu.


XXVIII

Les arbres blancs les arbres noirs
Sont plus jeunes que la nature
Il faut pour retrouver ce hasard de naissance
Vieillir.


XXIX

Soleil fatal du nombre des vivants
On ne conserve pas ton cœur.


XXX

Peut-il se reposer celui qui dort
II ne voit pas la nuit ne voit pas l’invisible
II a de grandes couvertures
Et des coussins de sang sur des coussins de boue

Sa tête est sous les toits et ses mains sont fermées
Sur les outils de la fatigue
II dort pour éprouver sa force
La honte d’être aveugle dans un si grand silence.

Aux rivages que la mer rejette
II ne voit pas les poses silencieuses
Du vent qui fait entrer l’homme dans ses statues
Quand il s’apaise.

Bonne volonté du sommeil
D’un bout à l’autre de la mort.

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