Le Comique et son rapport à la liberté d’expression

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Le Comique et son rapport à la liberté d’expression
Le Comique et son rapport à la liberté d'expression


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La présente étude invite à réfléchir, comme son nom l’indique, sur l’émotion et l’expression. L’émotion en question est celle du rire et l’expression, celle de l’expression libre. Pour déterminer brièvement le sens de cette étude, dont l’objet principal est en somme le comique, il serait instructif de préciser quelle fut pour moi la réflexion qui la précédait, de déterminer succinctement le sens de cette étude et d’indiquer la direction dans laquelle ce travail pourra être poursuivi. Je voudrais d’abord montrer que, à partir d’une préoccupation extra philosophique, je me suis peu à peu orienté vers un problème philosophique particulier.

Avant de m’intéresser à la philosophie, mon intérêt se portait sur la littérature. La question qui se posait à moi était celle, assez baroque, du rapport entre l’essai et la fiction. La conjugaison de ces deux activités chez un grand nombre d’écrivains (Voltaire, Diderot, Sartre, Bataille) laissait supposer un lien précieux entre invention et découverte que la philosophie traditionnelle tend malheureusement à négliger. Soit dit en passant, d’un point de vue pratique, je jugeais plus difficile, paradoxalement, d’écrire de la fiction que de l’essai. C’est sans doute ce constat qui m’amena à m’intéresser à cette question. Mais quel rapport y a-t-il, me dira-t-on, entre cette question de l’essai et de la fiction et l’étude philosophique du comique ? C’est qu’il faut considérer d’abord que le comique dépend du simulacre, du faire semblant et donc de la fiction. Il y a bien un lien étroit entre le comique et la fiction. Ce lien tient à la pratique commune au deux de la simulation.

Or, le philosophe se fait généralement une vertu d’aborder avec sérieux la question de l’illusion. A cette attitude correspond le style de l’essai, dont le sérieux consiste, par principe, à repousser au plus loin la fiction en lui refusant une valeur philosophique. Il y a donc une analogie entre le rapport de l’essai à la fiction et celui de la philosophie au comique. Ce rapport est-il nécessairement un rapport d’opposition ? Le philosophe ne pourrait-il pas également dénoncer les limites du sérieux et la vertu cognitive du comique ? Ne pourrait-il pas souligner la complémentarité entre le sérieux et le comique ?

Le but recherché alors ne sera pas tant de remplacer la philosophie par la comédie, mais de souligner le rôle du comique, ou d’un de ses aspects, dans la recherche philosophique. On trouve en philosophie, sous la forme de l’ironie, une version du comique (il faut distinguer cette ironie philosophique, qui consiste à interroger, de l’ironie ordinaire, qui consiste simplement à dire le contraire de ce que l’on pense). Le sourire philosophique, peut-on dire, tempère dans ce cas le sérieux du dogmatisme.

Quant au fait d’être rationnel, le comique ne l’est pas moins que le sérieux. La fausseté comique n’est pas mensongère ni erronée. Elle est heuristique. Lorsqu’une chose est faite pour rire, il est entendu de tous que cette chose a lieu pour de faux. C’est la confusion du comique avec le ridicule, lequel peut être effectivement aveugle ou sectaire, qui a suscité le rejet philosophique du comique. Car, on peut légitimement condamner le rire dans les cas de la raillerie et de la moquerie, lorsqu’elles vise à humilier au fond avec sérieux. On a peut être vu ces photographies de bourreaux riant des sévices qu’ils infligeaient à leur victime. Nous ne devons donc pas confondre le comique avec le ridicule qui, effectivement, peut être aveugle et sectaire, vil et calomnieux. Il importe de bien distinguer en outre la comédie (Bergson), l'humour (Breton), l'ironie (Kierkegaard) et l'esprit (Freud) de la dérision, de la raillerie, du grotesque et de la moquerie. C’est ce que je tente de faire dans la présente étude.

Pour ce faire, il fallait rappeler que, dès l’antiquité, les Sophistes et les Poètes furent considérés comme des illusionnistes manquants de sérieux par les philosophes Platoniques. Pour pouvoir contempler les idées, nous devrions nous abstraire des apparences auxquelles la sophistique, la tragédie et la comédie ont affaire. Platon a sans doute raison de prôner une certaine distance lucide, mais il a tort de nier au comique, sous une certaine forme, la capacité de l’acquérir.

Plus précisément, au lieu de polariser les contradictions, le comique est l’art de concilier les oppositions, comme l’abstrait et le concret, le général et le particulier, la tradition et l’innovation etc. Le comique est une façon artificielle et artistique de traiter la contradiction sans réellement la résoudre pour autant. Nous pourrons voir que cet aspect, déplaisant pour Hegel, suscite un vif intérêt chez Kierkegaard.

De plus, le rire est une réaction qui signale un intérêt naissant - plutôt qu’un rejet inconditionnel comme la colère. De Bussy et Manet ont provoqué les deux réactions du rire et de la colère. Mais le rieur semble se tenir au seuil du compréhensible et de l’incompréhension alors que l’indigné en reste à ce dernier stade. Un peintre me dit un jour qu’il préférait voir les gens rire de son travail que de les voir outrés ou même encore indifférents. Comparé au rejet inconditionnel de l'objet dans la colère, le rire témoigne d'un intérêt naissant. La première refuse l'altérité sous le moindre de ses aspects ; tandis que le second présente une dimension d'ouverture, de propédeutique à la compréhension. Le comique est l'amorce d'un véritable désintéressement, d'une prise de distance vis-à-vis de l'objet. Il est par conséquent l'antidote contre la fermeture unilatérale de notre opinion. Cela ne signifie pas que le comique soit la philosophie ultime mais qu’un aspect du comique sert à l’esprit pour s’élever.

Il faut considérer que la colère habite la théorie, lorsque nous nous maintenons dans l'ignorance avec nos croyances ; elle habite également la pratique, lorsque nous devenons des criminels aveuglés par la foi. C'est donc au comique de relayer, sous une forme évoluée, la colère ; de transposer les conflits réels dans un mode virtuel pour les rendre féconds. Il y a un lien entre essai et colère qui pourrait être étudié (voir Le Rire et la colère, à paraître ultérieurement). Car si l’on assimile simplement l’essai au sérieux, cela implique que l’apathie est à l’origine de l’essai, ce qui paraît contradictoire si l’on considère que l’apathie n’est à l’origine de rien. En vertu de la thèse selon laquelle nous accédons d'autant mieux à la vérité que nous supprimons les affections sensibles, la contemplation philosophique fut parfois envisagée comme séparée de l'affectivité. Mais ne sommes-nous pas davantage motivés que désintéressés lorsque nous défendons nos croyances et nos actions ? Derrière le sérieux de la science et la foi aveugle peut même agir une colère haineuse et mal intentionnée. Il ne saurait, en vérité, y avoir d'expression sans émotion. L'histoire de la philosophie, par exemple, peut être envisagée comme l'expression de l'indignation polie et argumentée de philosophes contre d'autres, plutôt que comme la somme des produits des méditations isolées de chacun. Cette conception dialectique, qui suppose l'affectivité, s'oppose à la conception solipsiste de la philosophie selon laquelle le sage, en se coupant de la vie pratique, élèverait seul son âme vers les idées intelligibles à la manière de Descartes dans son poêle. La sagesse, pour le coup, devient le fruit d’un dialogue rendu possible par des modifications émotives.

Ce sont donc des émotions qui sont à l’origine de notre expression et il n’y aurait aucun sens à faire découler une expression d’une absence d’émotion. Derrière le sérieux de la science et la foi aveugle peut agir également une colère haineuse et mal intentionnée. C’est pourquoi la philosophie doit savoir conserver, face aux abus de la science et de la religion, le goût du jeu et le sens de l’insoumission. C’est par une sorte d’effet comique que la philosophie parvient à mettre en cause des certitudes qui resteraient autrement dogmatiques.

Le rire peut reprendre la colère sous une forme pacifique et féconde, une fois transposée sur le mode virtuel. Il y a des essais nés de la contestation et qui utilisent le rire et l’ironie comme procédés argumentatifs. Ce rire, qui n’est pas nécessairement manifeste sous sa forme la plus apparente, consiste en un dépassement de la réaction basique et en une amorce de réflexion. Contrairement à une idée reçue, le comique a des vertus et le sérieux, des vices. Grâce à sa portée critique, le comique est capable de lutter contre son contraire : le trop sérieux de l'assurance aveugle. Souvenons-nous de l'ironie de Socrate face au sérieux des Sophistes et des Physiciens. La réhabilitation du comique et de l'émotion en philosophie s'oppose donc moins à la philosophie elle-même, qu'elle ne dément une lecture caricaturale de la philosophie. Face aux erreurs ou aux mensonges du savant, le comique maintient le goût du jeu et le sens de l'insoumission. De plus, la simulation comique reste consciente et volontaire. Elle se présente comme factice, sans tromper, sans se faire passer pour vraie. Il faut distinguer le fait de rire au dépend de quelqu’un, en lui cachant la vérité, de celui de rire avec quelqu’un, en s’amusant de ce que l’on imagine.

Quant à la fiction (le pour de faux ou le pour rire), il est injustifié de la qualifier de non philosophique. Pourtant, la philosophie, en revendiquant un genre de discours propre, a parfois refusé de considérer son propre manque de sérieux et a nié la part d'invention attachée à ses découvertes. N’est-il pas troublant de voir Platon critiquer poètes et comiques alors même que ses dialogues sont clairsemés de mythes et d’ironie ?

"Rien n'est plus sot que de traiter avec sérieux de choses frivoles ; mais rien n'est plus spirituel que de faire servir les frivolités à des choses sérieuses" (Erasme, Eloge de la folie).

[edit] Introduction

D'Aristophane à Woody Allen, en passant par l'humour quotidien, le comique conserve son aspect ludique et distrayant. Spontané chez l'enfant en âge de faire de l'esprit, il peut être contrôlé et devenir un art. Cela réclame un certain talent : celui de contenir l'indignation qu'appelle le mauvais goût chez l'adulte. Car le rire dénude et découvre la crudité des choses qui sont d'habitude respectées. Le comique maladroit risque de scandaliser. La maîtrise technique du comique attire au contraire l'admiration. Or, si le comique peut être adroit, c'est qu'il vise une fin à atteindre. Il faut donc déterminer quel est ce but pour que soit garantie la validité du comique.

Le comique s'oppose au sérieux dans le jugement qu'il porte sur l'objet. A quoi ressemble la mise en scène comique ? Pourquoi est-elle drôle ? Pourquoi fait-elle rire? Le point de vue sérieux, plus neutre, est capital. Il s'impose en interdisant de rire. Il est possible de rire de tout, mais pas tout le temps ni n'importe comment. La connaissance médiate des causes du rire annule la manifestation comique immédiate. Pour autant le comique n'est pas inconscient. C'est seulement un mode de conscience ordinairement incompatible avec l'activité spéculative. La conscience est donc soit sérieuse, soit comique, cette dernière étant plus exceptionnelle que la première.

Lorsqu'une intention implicite, une feinte apparente, un sens figuré, derrière une conduite en apparence maladroite est décelée, cette conduite peut être jugée comique ou au contraire scandaleuse selon le contexte. En outre, une situation malheureuse peut devenir comique lorsque, après coup, l'impression d'un jeu cohérent est donnée. Le comique spiritualisant ainsi les faits s'expose au jugement moral. L'évaluation de la portée morale d'une attitude comique dépend du rapport de l'intention au contexte. Une conduite comique peut être accidentelle, feinte, mal intentionnée, ironique, cynique etc... L'intention sérieuse est respectueuse du contexte originel ou commun. L'intention comique consiste au contraire à s'écarter de ce contexte.

Il existe plusieurs types d'interprétation du comique. Deux tendances sont couramment discernées : l'une sensualiste ou phénoméniste et l'autre intellectualiste ou cognitiviste. Dans chacun des cas, le comique est envisagé en terme de structure ou de mécanisme et comme l'effet d'une détermination. L'objectif consiste à dégager quelques lois physiologiques ou psychologiques. Cependant, le comique doit également être perçu comme échappant à une détermination absolue en tant qu'il manifeste une part de liberté individuelle. Le fondement de la liberté est l'opposition de l'exception à la loi.

Les histoires drôles et les gags circulent et se transmettent. Elles forment un sédiment culturel commun. Mais leur réactualisation réclame de chacun une compétence particulière et circonstanciée. Ce défaut de détermination inhérent à la singularité fait du comique un objet problématique pour la science. L'analyse du comique dépasse donc le cadre d'un déterminisme psychophysique strict parce qu'il exprime la liberté individuelle. L'interprétation individualiste doit s'accorder une marge d'indétermination pour élucider le phénomène comique.

L'évaluation du phénomène comique singulier est controversée. C'est pourquoi il faudra s'interroger, en deçà des préjugés théoriques de la philosophie (I), sur le sujet comique (II). Les approches philosophiques véhiculent des préjugés que l'analyse psychologique du sujet peut dissiper. Le thème de la spontanéité comique (III) sera ensuite développé au niveau propre (IV) et collectif (V) de façon plus objective. Il s'agira de comprendre le rapport de la conscience propre et de la conscience commune à l'exception. Enfin, seront considérés les effets de l'action volontaire et réfléchie du comique dans la société (VI). Il importe d'indiquer la responsabilité qui est celle du comique. En ce qui concerne plus généralement le rapport du comique à la liberté d'expression, l'expression normale et commune sera démontrée compatible avec l'existence libre et spontanée des individus. L'expression commune et l'existence singulière sont complémentaires. Et le comique, au même titre que les attitudes sérieuse ou tragique, exprime d'abord cette complémentarité.

[edit] Conclusion

Cette étude a traité d'abord de la controverse qui oppose Socrate à Aristophane ("I. Philosophie"). Cette entrée en matière a permis de camper le thème du comique dans un contexte philosophique et historique. Aristophane caricature Socrate ; tandis que celui-ci, sous la plume de Platon, répudie le comique. Il a été montré que l'une des thèses ne peut exister sans l'autre et que le rapport des deux est interne à la dynamique du comique. Les deux partis méritent d'être examinés pour leur intérêt esthétique et éthique. Approximativement, les orientations apolinienne et dionysiaque s'affrontent. Deux approches fondatrices antagonistes furent dégagées, l'une en faveur du comique et l'autre contre lui. Les positions d'Aristophane et de Socrate sont motivées par la forme de leur engagement politique, soit comme poète soit comme philosophe. La thèse platonicienne s'avère philocratique et celle d'Aristophane démocratique. L'esprit de controverse est commun au philosophe et au comique, bien que ce dernier favorise le dialogue réel avec autrui et que son éthique soit dominée par l'esthétique. Cette étude n'est pas tant destinée à trancher en défaveur de la critique rationaliste du comique qu'à accommoder cette critique avec une défense partielle du comique.

Une attitude plus neutre a consisté à s'extraire du domaine public et à quitter la problématique de la contagion du comique momentanément pour tenter de comprendre au niveau subjectif le rapport entre le réel sensible et son image intelligible ("II. Psychologie"). En dehors de toute considération morale, la question principale est celle du mécanisme du comique. Cette démarche permet de décrire le rapport qu'entretiennent les œuvres spontanées de fiction avec la réalité, et donc d'analyser la pensée déréalisante nécessaire au comique. La virtualité et la gratuité du comique légitiment ce parti pris. Le rapport entre le concret et l'abstrait est pensé sur le mode réaliste par les anciens et sur le mode psychologique par les modernes. Pour ces derniers, l'abstraction est une image dégagée du réel par l'esprit. Ce que désigne ici "philosophie moderne", c'est la démarche philosophique qui présuppose que la modélisation du réel est nécessaire à sa compréhension et qu'elle n'est pas un simple jeu des formes déréalisant.

La spontanéité comique, quant à elle, témoigne de la liberté humaine par rapport à la contingence ("III. Exception"). Cette partie de l'exposé introduit la question de la liberté d'expression. L'élément de surprise véhiculé par le comique montre quelle est la possibilité pour l'homme de simuler dans le jeu l'interaction profonde de l'ordre et de l'entropie. Le comique autorise la cohabitation des contraires et rend l'impossible vraisemblable. La spontanéité dérive de la contingence et prépare la liberté. Il serait autrement fataliste de ne croire qu'au hasard ou à la nécessité. L'importance éthique du comique repose sur la latitude offerte par sa pratique à la fois singulière et sensée. L'exception comique diffère de la singularité ontologique. Elle simule la contingence sur le mode virtuel. Elle offre un excès sémantique plutôt qu'un vide. Son indétermination ne relève pas du hasard. L'exception comique n'est donc pas le double passif de la contingence des choses mais la réaction active à cette contingence par laquelle elle est interprétée.

Ont été délivré ensuite les conditions d'observation de la propriété comique ("IV. Propriété"). Le comique est un mode de perception dont il faut comprendre la spécificité. Le rire est le propre de l'homme, avançait Rabelais. Mais comment un sujet peut-il avoir cette propriété d'être comique et comment cette propriété peut-elle être pertinemment attribuée ? L'interrogation a porté sur les conditions d'observation du comique et sur son identification. La tension subsiste entre des propriétés communes observables et l'activité singulière de chacun. Le comique étant un acte de la pensée destiné à valoriser les aspects singulier négligés par la conscience commune, son exercice suppose la comparaison de l'individuel à cette conscience.

Fut donc établi ensuite le lien entre la diversité de la communauté et la richesse de l'individu ("V. Communauté"). Cet individu a plusieurs communautés de référence et la communauté jouit de la diversité de ses membres. La structure du comportement dépend de la possibilité pour un agent de se référer et d'appartenir à diverses communautés. Son immersion dans un ensemble associatif complexe sous-tend la compréhension rigoureuse des faits et des enjeux qui le touchent. L'éthique du comique est une éthique de la diversité. Elle oppose la conversation à l'individualisme et au totalitarisme. Elle s'appuie sur une pratique sociale cohérente et libre. Le comique tel qu'il a été ici défini doit pouvoir servir de critère pour évaluer la permissivité d'une société.

Enfin, fut caractérisé un usage critique contre une version ségrégationniste du comique. La pratique volontaire du comique suppose que son usage réponde à des objectifs conscients ("VI. Responsabilité"). Au-delà du simple divertissement, le comique, allié à la curiosité naturelle à chacun, peut favoriser la compréhension interindividuelle. En revanche, il peut être mal intentionné, idiot et sectaire. La raillerie passive et stérile ne témoigne d'aucune curiosité. La liberté d'expression comique est davantage spirituelle qu'automatique, même si d'une certaine façon elle est irrationnelle. Qualifier le comique d'irrationnel serait même abusif selon cette étude. Il est préférable de dire qu'il n'est pas sérieux au sens où il est imprévisible, virtuel, excentrique, expressif etc...

L'ensemble de cette étude a permis de dégager la forme, la fonction et la valeur éthique du comique. Les objectifs librement déterminés du comique sont ceux qui peuvent être fixés en connaissance de cause, après analyse du comique. Il fallut donc une méthode permettant de modéliser une typologie esthétique des formes comiques en tenant compte de la part d'indétermination et de liberté qui entrent dans sa composition. Outre la gratuité esthétique du comique, peut lui être accordé, sur les plans psychologique et social, une fonction cognitive. Ce qui autorise à orienter les recherches sur la composante intersubjective du comique. Cela doit permettre de déterminer en quoi l'expression comique est une communication au sens où elle agit en société et sur elle. Le comique exprime une liberté, celle du jeu des interprétations opposé à l'aliénation du sujet à l'objet. L'éthique du comique est une éthique de la reconnaissance et de l'autodétermination et non une éthique de l'obéissance inconditionnelle.

© Raphaël Edelman

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