Le Travail du peintre
Documents libres.
(Français) Cette œuvre est dans le domaine public au Canada mais peut encore être protégée en vertu des lois sur les droits d’auteurs aux États-Unis et dans certains pays d’Europe. Il appartient à l’utilisateur d’établir si cette œuvre est dans le domaine public pour son propre pays.
À Picasso.
I Entoure ce citron de blanc d’œuf informe Enrobe ce blanc d’œuf d’un azur souple et fin La ligne droite et noire a beau venir de toi L’aube est derrière ton tableau Et des murs innombrables croulent Derrière ton tableau et toi l’œil fixe Comme un aveugle comme un fou Tu dresses une haute épée vers le vide Une main pourquoi pas une seconde main Et pourquoi pas la bouche nue comme une plume Pourquoi pas un sourire et pourquoi pas des larmes Tout au bord de la toile où jouent les petits clous Voici le jour d’autrui laisse aux ombres leur chance Et d’un seul mouvement des paupières renonce II Tu dressais une haute épée Comme un drapeau au vent contraire Tu dressais ton regard contre l’ombre et le vent Des ténèbres confondantes Tu n’as pas voulu partager II n’y a rien à attendre de rien La pierre ne tombera pas sur toi Ni l’éloge complaisant Dur contempteur avance en renonçant Le plaisir naît au sein de ton refus L’art pourrait être une grimace Tu le réduis à n’être qu’une porte Ouverte par laquelle entre la vie III Et l’image conventionnelle du raisin Posé sur le tapis l’image Conventionnelle de l’épée Dressée vers le vide point d’exclamation Point de stupeur et d’hébétude Qui donc pourra me la reprocher Qui donc pourra te reprocher la pose Immémoriale de tout homme en proie à l’ombre Les autres sont de l’ombre mais les autres portent Un fardeau aussi lourd que le tien Tu es une des branches de l’étoile d’ombre Qui détermine la lumière Ils ne nous font pas rire ceux qui parlent d’ombre Dans les souterrains de la mort Ceux qui croient au désastre et qui charment leur mort De mille et une vanités sans une épine Nous nous portons notre sac de charbon A l’incendie qui nous confond IV Tout commence par des images Disaient les fous frères de rien Moi je relie par des images Toutes les aubes au grand jour J’ai la meilleure conscience De nos désirs Sa sont gentils Doux et violents comme des faux Dans l’herbe tendre et rougissante Aujourd’hui nous voulons manger Ensemble ou bien jouer et rire Aujourd’hui je voudrais aller En U. R. S. S. ou bien me reposer Avec mon cœur à l’épousée Avec le pouvoir de bien faire Et l’espoir fort comme une gerbe De mains liées sur un baiser V Picasso mon ami dément Mon ami sage hors frontières II n’y a rien sur notre terre Qui ne soit plus pur que ton nom J’aime à le dire j’aime à dire Que tous tes gestes sont signés Car à partir de là les hommes Sont justifiés à leur grandeur Et leur grandeur est différente Et leur grandeur est tout égale Elle se tient sur le pavé Elle se dent sur leurs désirs VI Toujours c’est une affaire d’algues De chevelures de terrains Une affaire d’amis sincères Avec des fièvres de fruits mûrs De morts anciennes de fleurs jeunes Dans des bouquets incorruptibles Et la vie donne tout son cœur Et la mort donne son secret Une affaire d’amis sincères A travers les âges parents La création quotidienne Dans le bonjour indifférent VII Rideau il n’y a pas de rideau Mais quelques marches à monter Quelques marches à construire Sans fatigue et sans soucis Le travail deviendra un plaisir Nous n’en avons jamais douté nous savons bien Que la souffrance est en surcharge et nous voulons Des textes neufs des toiles vierges après l’amour Des yeux comme des enclumes La vue comme l’horizon Des mains au seuil de connaître Comme biscuits dans du vin Et le seul but d’être premier partout Jour partagé caresse sans degré Cher camarade à toi d’être premier Dernier au monde en un monde premier.
